L’embarras du choix, un film d’Isabelle Taveneau. 66 minutes, 2006.

Il y a des femmes sans enfant. Est-ce un choix, un hasard ? Est-ce une décision liée à un événement particulier, ou le résultat d’un parcours personnel ?

Cinq femmes entre 45 et 55 ans abordent ces questions avec la réalisatrice. Elles évoquent leur passé, racontent leur histoire de la non-maternité. Elles disent aussi la particularité de leur situation, et interrogent «l’évidence» de l’équation : une femme =  une mère.

Il y a des femmes sans enfant.

En présence de la réalisatrice.

Projection : VENDREDI 20 MARS 2009, à partir de 20 heures.

Atoll 13 - Le Barbizon, 175 ter rue de Tolbiac, 75013 Paris.

Entrée en participation libre.

Suite à de nombreuses demandes, nous vous signalons que ce film existe aussi en DVD pour la modique somme de 10 euros.

http://www.lafamilledigitale.org/fr/dvd/l-embarras-du-choix.html

Et pour alimenter le sujet :

Voici un texte de Chantal Thomas que l’on nous a rapporté, et dont on n’a pas pas retrouvé la source :

Je m’assois sur la plage. Une femme vient à moi, juste pour me raconter comment par les manigances d’une belle-fille avare elle a été chassée de sa propre maison, en Bretagne. Constatant que son histoire m’indiffère, elle attaque : ” Et vous ? Vous êtes contente de vos enfants ? Vous vous entendez bien avec eux ?” Je n’ai pas d’enfant. (Silence, long regard.) ” Ce doit être une chose terrible “, dit-elle, et elle me tourne le dos.

Pas d’enfant. Cette petite phrase simple, énoncée matter of fact, en passant (on me pose une question, je réponds), comme on pourrait dire : Je ne parle pas portugais, a le don de faire circuler autour de soi un air froid; le verdict muet d’une antique réprobation.

Les femmes en votre présence vous regardent autrement. Comment cela : vous n’avez pas d’enfant ? Vous n’êtes pas une mère ? Vous n’avez jamais désiré un bébé ? Impossible ! Toute femme désire un bébé. C’est son instinct, l’accomplissement de sa nature. Une femme sans enfant est une femme inachevée. Elle mérite à peine ce nom. Pour cet être contre nature, il faudrait inventer un autre terme. Regardez les stars, elles veulent tout, la carrière et le bébé : Tout de suite un bébé. Très vite trois enfants. Pour la rentrée : un bébé, un film, un roman…. Me reviennent en mémoire les mots d’un médecin exaspéré de devoir être complice d’une femme aussi peu concernée par ses virtualités de reproduction : « Vous n’êtes pas fatiguée à la longue d’avaler des contraceptifs ? »

Non, je n’étais pas fatiguée. Du tout. Je trouvais même que la pilule avait bon goût. Par contre, croyais-je, et c’était quand même à moi d’évaluer mes capacités d’endurance, je serais fatiguée d’élever une famille. Chacun son point faible. Manifestement, et bien que spécialiste du corps humain, il faisait partie de ces gens, innombrables, qui, selon la remarque de Philippe Muray [Postérité, 1988, p. 52-53], confondent, s’agissant des femmes, le sexe et le ventre. Il ne voulait pas en entendre davantage ; je n’avais pas envie d’en dire plus. Face à une hostilité que viennent conforter, dans une unanimité confondante, aussi bien la loi de l’espèce que le commandement de la religion et la bénédiction des médias, comment me défendre ? Que pourrais-je dire ? Que rien dans cette histoire ne m’a jamais attirée, ni la grossesse, ni l’accouchement, ni le quotidien 84|85 de nourrir un enfant, de m’en occuper, de l’éduquer. Que l’idée d’un amour qui se déclenche aussi automatiquement et pour si longtemps (avec toute chance de me survivre) m’est pénible. Que je n’ai pas d’énergie pour ce qui risque de durer toujours, pour ce qui ne se vit pas au rythme des « «intermittences du coeur ».

J’aurais pu dire aussi que j’habitais des chambres trop petites, d’où je déménageais trop souvent. Que j’avais du mariage un imaginaire nul et un sens des responsabilités inexistant. Que j’étais égoïste, infantile, trop portée à m’amuser pour m’intéresser aux jeux d’un autre. Que je n’ai jamais senti le lien entre mon désir pour un homme et celui d’avoir un enfant. Il me manque un maillon. Peut-être aussi est-ce lié à cette phobie d’être interrompue par mes parents quand j’étais enfant ? Plus tard, j’ai regardé autour de moi et j’ai constaté que ma vision était partiale. J’ai observé de jeunes enfants avec des mères : ils n’arrêtent pas de les interrompre ! Le temps fragmenté, en réalité, c’est celui de la mère de famille. Et il relève de son savoir-faire et de sa discrétion d’en masquer l’épuisante répétition, l’aliénant labeur. Comme l’écrit Marguerite Duras [la Vie matérielle, 1994], la femme au foyer « doit inventer son emploi du temps conformément à celui des autres gens, des gens de sa famille et de ceux des institutions extérieures […]. Une bonne mère de famille, pour les hommes, c’est quand la femme fait de cette discontinuité de son temps, une continuité silencieuse et inapparente. » Tu verras, à ton tour, quand tu auras des enfants, me disait ma mère. Eh bien ! je n’ai pas vu. J’ai sauté mon tour… Je me tais. Je n’ai rien à évoquer. Aucune raison convaincante. C’est un thème sur lequel il ne m’importe pas de faire des adeptes. Un thème inconsistant à mes yeux. D’où le silence des femmes sans enfant. Il contraste avec l’intarissable parole des mères et sur les mères. Avec l’omniprésence des Vierges à l’Enfant. Paroles de femmes et paroles d’hommes : celles-ci exprimées dans la dévotion ou dans le blasphème, l’exécration. Mais toujours dans la véhémence. Les imprécateurs contre les mères, les grands adeptes de la stérilité, tonnent : Swift, Sade, Schopenhauer, Nietzsche, Thomas Bernhard, Kundera… Ils parlent pour eux-mêmes ou pour leur oeuvre, contre une puissance de fertilité qui leur est étrangère. Ils jouent une scène intense et désespérée avec la Femme. Dans leur volonté d’échapper à la Loi de l’espèce, ils font feu de tout bois, usent de n’importe quel argument, même misogyne. Le but pour eux est de sauver la singularité de leur existence, l’absolu de leur création.

Une femme qui refuse la maternité est verbalement moins excitée ; moins philosophique et déclamatoire. Faible avocate de sa cause, minoritaire dans son propre sexe, elle est consciente de son appartenance, et elle ne peut constituer la Femme en interlocuteur Ennemi. Quant à s’adresser aux hommes, mettre en question leur désir de paternité, s’en protéger : c’est une intervention utile et nécessaire à l’occasion, mais elle suscite rarement des tirades à ambition universelle. Un homme qui ne veut pas d’enfant dit non à l’autre, à l’aimée soudain changée en un adversaire dont la beauté et les larmes risquent de le faire céder ; une femme qui ne veut pas d’enfant dit non pour elle-même, et son refus, bien que souvent inaudible ou non articulé, est sans appel. Ce n’est qu’une ellipse. Une touche décisive de négativité dans le dessein d’une vie. Un hommage à l’esprit de rupture. »

(Chantal Thomas)